Baos dans Le Monde d’aujourd’hui, c’est chic!

titre-le-monde-16-01-2013

« Le plastique c’est chic! » c’est l’article de Véronique Lorelle paru dans Le Monde d’aujourd’hui. lire l’article sur lemonde.fr

Bahuts métalliques, chaises en acier, lampes d’atelier… Depuis qu’ils trônent dans les catalogues de vente par correspondance, tel AM-PM (groupe La Redoute), ils sont boudés par les bobos. Fini la décoration industrielle : c’est le retour du Formica en Technicolor, du linoléum et de la toile cirée. « Le plastique, c’est fantastique ! », chantait le groupe nantais Elmer Food Beat en 1991 (ce tube fut utilisé à l’époque par le ministère de la santé pour une campagne de prévention sur le préservatif).

Céline Tahar et Doriane Sablon, les deux créatrices de la marque Les Gambettes, pourraient entonner ce refrain. Ces trentenaires présenteront au prochain Salon professionnel Maison & objet, du vendredi 18 au mardi 22 janvier, au parc des expositions de Villepinte (Seine-Saint-Denis), leur collection de tables et de chaises en Formica, ce fameux matériau d’après-guerre à base de résine plastique. Elles les ornent d’imprimés fleuris, mélangent les couleurs acidulées, associent à des pieds flashy des tables unies…

« Nous avions vu des meubles en Formica chez nos grands-mères respectives, et c’est un peu notre madeleine de Proust à nous« , précise Céline Tahar. « Nous nous inspirons des couleurs et des imprimés vus sur les défilés de mode pour moderniser ce matériau à la fois hygiénique et si pratique », précise la jeune entrepreneuse. C’est la troisième collection de ce tandem, et déjà leurs articles (à partir de 79 euros la chaise enfant et 169 euros la table) comptent 80 points de distribution, signe qu’ils sont dans l’air du temps.

Avec le grand retour des sixties et l’explosion de la « récup' », nombre d’objets d’hier que l’on trouvait il y a peu ringards et laids, tels les fauteuils en scoubidou, ont retrouvé les faveurs des Français. « Les meubles de cette époque allient fonctionnalité, esthétique radicale et couleurs primaires, ce qui leur donne un charme fou ! », s’enflamme Carole Novara-Verdeil, dont le site marchand Baos.fr, lancé en 2007, surfe sur cette tendance. Cette collectionneuse marseillaise ne se contente pas de chiner, elle édite aussi une ligne (baptisée Baos Edition) avec le collectif de designers Les enfants de dada, en réutilisant les matériaux de l’époque ou en les remettant au goût du jour.

Car le plus intéressant est le renouvellement du genre. A partir du 24 janvier et jusqu’au 9 mars, l’architecte Frank Gehry exposera, à Paris, dans la galerie Gagosian, ses lampes-poissons à base de Formica explosé comme des écailles. « C’est la réalité de la décoration aujourd’hui », assure l’architecte et décoratrice Laura Gonzalez, adepte de la récupération et du détournement. « On ne se contente plus de composer un salon vintage dans un appartement ; désormais, on redessine les meubles et accessoires d’hier, et on réinvente un univers en mixant les imprimés et les carreaux, en encanaillant du Louis XV ou en anoblissant de l’art populaire« , détaille la jeune femme, auteure du décor de la salle de concert Bus Palladium, à Paris. Sa devise : « Mieux vaut le kitsch décalé que le bon goût standardisé. »

QUÊTE DE GAIETÉ

Rien d’étonnant à ce que les sols plastifiés intéressent les designers contemporains. Le linoléum fait son come-back, auréolé de ses qualités de produit biodégradable d’origine naturelle, puisqu’il s’agit d’un matériau à base d’huile de lin et de farine de bois. Picasso lui-même s’était intéressé au lino, qu’il gravait à coups de burin ou de couteau de vigneron. Quant aux vinyles, autres « carrelages du pauvre », les voilà qui se parent d’effets marbre, béton, ou imitent à la perfection le parquet jusque dans son relief, reproduisant les nervures du bois… Comble du chic, la griffe de luxe italienne Missoni a lancé cet automne, avec le suédois Bolon, un sol en vinyle tressé, qui reprend ses célèbres tricots très colorés en zigzag.

Même la nappe cirée, sorte de cache-misère d’antan, regagne du galon. Dessins au trait noir, fleurs design, imprimés chatoyants : les motifs proposés par Marimekko, la griffe finlandaise qui a ouvert un magasin sur la 5e Avenue à New York, ou ceux sélectionnés par la boutique Plastiques, rue de Rennes à Paris, font souffler un vent de fraîcheur.

La quête de gaieté, de « bonne humeur », serait l’une des raisons de ce retour de flamme pour les années 1950-1960, et pour la déco de l’époque, selon Vincent Grégoire, « tendanceur » du cabinet Nelly Rodi. « Après les « trente glorieuses », nous voilà plongés dans les « trente piteuses »… : il est normal que l’on réveille l’optimisme de ces années-là. Une nouvelle génération de designers pratique, loin du bling-bling, un design modeste : ils privilégient la fonctionnalité, la simplicité, mêlent le bois et le mélaminé, avec des détails frais d’imprimés ou de teintes vitaminées. »

A Paris, les galeries-boutiques Sentou, Fleux, ou le magasin Merci, ont fait de cette décoration à l’inspiration rétro décomplexée la clé de leur succès. C’est aussi le filon d’une pléthore de jeunes éditeurs qui seront présents au Salon Maison & objet, telle la marque portugaise de luminaires Delightfull ou le collectif français Red Edition.

Véronique Lorelle

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